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Réinvestir la maison vide

Cet article issu de Carnet du Ventoux numéro 124, 2nd semestre 2026
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            La Confiserie*, un théâtre de verdure au coeur de Carpentras et pourtant ignoré par la plupart des Carpentrassiens, c’est d’abord une histoire familiale, celle de la famille Gamet, qui aboutit à une belle expérience de générosité et de partage.
 
            Pour Corinne et Patrick Gamet, récemment engagés dans cette nouvelle aventure et originaires respectivement d’Avignon et Carpentras, il n’y avait guère de doute quant à la nécessité de redonner à l’antique maison familiale, implantée au milieu du XIX° siècle parmi les fraisières, à la fois un lustre et une destination qui ne soient pas que leur fait. Ce mas aux dimensions conséquentes, surtout bien pourvu en dépendances mais sans être non plus de proportions colossales, implanté entre l’avenue Jean-Henri Fabre et l’avenue Frédéric Mistral mais absolument invisible depuis la route, fut d’abord une confiserie d’olives, jusqu’à la grande gelée de 1956 qui eut raison de cette activité ancestrale. Construite par l’aïeul de Rose-Marie, grand-mère de Patrick décédée à l’âge de 107 ans et qui y vécut presque toute sa vie, aujourd’hui restaurée avec goût et sobriété en pierres apparentes, elle barre ainsi la vue du théâtre de verdure de 250 places que le couple a fait soigneusement aménager en bordure du terrain d’environ 2500 m².
            Après une carrière à Paris, il était en effet inconcevable pour eux de laisser péricliter une demeure si chargée en histoire familiale mais qu’il était nécessaire, à tous égards, de réinvestir. Marquée par une tradition de bouche, cette histoire les inclinait dans un premier temps vers sa transformation en chambres d’hôtes avec étape gourmande et cuisine du terroir. Puis, la passion du théâtre aidant, c’est vers l’aménagement d’un lieu de spectacle vivant que leur projet a finalement évolué, sans rien céder en termes d’accueil des troupes, qui se trouvent ainsi logées dans cet écrin de verdure tout à fait inattendu. Si l’idée a fait son chemin depuis le début des années 2020, ce n’est en effet qu’à l’été 2024 que la Confiserie a inauguré sa première saison avec une représentation du Malade imaginaire dans une mise en scène de Jean-Philippe Daguerre.
            Raisonnablement, il n’était pas envisageable pour ce couple très pragmatique de se lancer dans l’aventure sans un parrainage quelque peu prestigieux et surtout garant de spectacles de qualité. Fréquentant assidûment les théâtres parisiens tout en étant des habitués du festival d’Avignon, dont ils ont toujours pensé que la proximité pouvait constituer une belle opportunité par trop négligée pour Carpentras, c’est ainsi qu’il revient à Patrick, au cours d’un entracte, de s’être adressé à Jean-Philippe Daguerre, comédien et metteur en scène, récemment distingué par différentes récompenses lors de la cérémonie des Molière. Celui-ci s’enthousiasme pour le projet et répond d’emblée à l’invitation de venir jouer avec sa troupe.
            Entre temps, il a fallu réunir des moyens, engager une étude de faisabilité, se conformer à toutes les normes de sécurité et d’accessibilité tout en acheminant sur place deux cents tonnes d’enrochement et de remblai ; procéder aux plantations et à la conception des supports techniques tout en conservant les marques de la ruralité première du site : scène sur tréteaux dans la bonne tradition du premier théâtre de Molière, toiles tendues en fond de scène sur des armatures de cannes, disposition en trépied pour suspendre les projecteurs tout en rappelant la culture des tomates qui fit la prospérité du lieu ; enfin construction d’une plate-forme en bambou pour supporter le plateau technique en surplomb de l’amphithéâtre. Toute la régie s’est ainsi organisée avec une grande rigueur professionnelle, pour le plus grand bonheur des spectateurs, qui ont ainsi pu apprécier la caractère convivial et chaleureux de l’endroit et de ses hôtes.
            Placée sous le signe de Molière, avec au répertoire, pour la deuxième saison, une nouvelle mise en scène des Fourberies de Scapin ainsi que Naïs de Marcel Pagnol, l’édition à venir devrait mettre en bonne place ce dernier avec Le Schpountz et Marius. Mais surtout en vue de conférer sa pleine destination au lieu, il s’agirait d’accueillir aussi les troupes en résidence, notamment en appoint des besoins d’hébergement générés par le festival d’Avignon, qui peut trouver là un nouveau moyen de rayonner au-delà de l’intra muros. Très heureux et épanouis au regard du succès des deux premières saisons, où le théâtre a fait le plein essentiellement par la vertu du bouche à oreille, Corinne et Patrick Gamet aimeraient aujourd’hui accéder à une notoriété un peu plus officielle pour leur belle entreprise, en espérant aussi pouvoir l’inscrire dans la dynamique de l’Inguimbertine à l’Hôtel-Dieu : gage d’exception culturelle, elle pourrait servir de relai à d’autres projets, notamment autour de la peinture et de Marcel Proust dont ils sont de fervents lecteurs, auxquels la Confiserie pourrait faire écho en donnant toute sa place au spectacle vivant.
            On ne peut que souhaiter à cette initiative en plein essor tout le développement qu’elle mérite, avec entre autres le soutien espéré de la commune de Carpentras et de la CoVe et celui, d’ores et déjà acquis, de ses nombreux mécènes.
 
* Tous les renseignements pratiques sur le site www.theatrelaconfiserie.com

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